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Les
principes
Les fuseaux
Les rouets
La filature mécanique
Le filage de la laine
Les
principes
Les plus simples des instruments de filage, et sans doute les plus anciens,
sont le bâton à filer, au bout arrondi, et le crochet à
tordre, sorte de hameçon grossier. Ces deux instruments représentent
des méthodes divergentes par lesquelles on obtient des résultats
différents. Les matières à fibres courtes, comme
la petite laine des moutons primitifs, par exemple, requièrent
en effet une technique de filage et des instruments autres que ceux
qu'on emploie pour le filage des fibres plus longues, comme le lin ou
certaines laines.
Tous les instruments de filage suivent l'un ou l'autre de ces principes
de base. Selon la première méthode, celle du bâton
à filer et de tous les fuseaux posés, les fibres sont
enroulées en spirale vers la pointe du fuseau. En faisant tourner
le fuseau, on fait glisser les spires de la mèche qui subit ainsi
une torsion, sans être soumise à aucune tension durant
le travail. Cette technique est bien adaptée au filage des fibres
courtes qui ont subi une première parallélisation par
le cardage : elle produit un fil doux, duveteux et isolant, le fil cardé.
Selon la seconde méthode, utilisée avec le crochet à
tordre et tous les fuseaux de type suspendu, les fibres sont étirées
avant d'être tordues par le mouvement circulaire du fuseau. Elles
gardent ainsi au cours du filage l'orientation longitudinale et parallèle
conférée au préalable par le peignage. Cette méthode
donne un fil solide, lisse et ferme, le fil peigné.
Les deux appellations " peigné " et " cardé
" s'appliquent couramment à la laine mais peuvent qualifier
d'autres fils textiles, le coton par exemple. La parallélité
des fibres, obtenue d'abord par le cardage, puis par le peignage, est
un facteur de qualité majeur.
Un autre élément important du filage est le sens de la
torsion. On file vers la droite ou vers la gauche. On dit des fils qu'ils
ont subi un torsion " en S ", lorsque la ligne de torsion
suit le biais de la lettre S. A l'inverse, les fils sont dits "
en Z ", lorsque la ligne de torsion suit le biais de la lettre
Z. Une tradition ancienne veut qu'on file les fils cardés en
Z et les fils peignés en S. haut de page
Les fuseaux
On emploie encore le bâton à filer pour le travail du coton
en Amérique du Sud et en Afrique septentrionale. Le crochet à
tordre a été utilisé jusqu'au XIXème siècle
dans certaines régions d'Europe, pour filer, entre autres, les
crins de cheval. Mais le filage basé sur la torsion manuelle
étant difficile et lent, crochet et bâton ont peu à
peu été remplacés par des instruments plus sophistiqués.
Le fileur, qui augmente la rotation du bâton en le roulant contre
sa jambe, a dû constater qu'en alourdissant son instrument d'un
poids, l'accélération s'accroît. Ainsi fut probablement
inventé le fuseau posé, ou fuseau navajo. Le bas de ce
fuseau d'assez grande taille est appuyé contre le sol ou posé
dans un vase. Le fileur fait ensuite tourner l'instrument contre sa
cuisse ou entre ses mains.
Le crochet à tordre fut également pourvu d'un poids, appelé
fusaïole, sans pour autant perdre, à l'autre extrémité,
le crochet ou l'encoche caractéristique : ainsi est né
le fuseau suspendu. Mis en mouvement du bout des doigts, il tourne librement
en l'air, étirant les fibres. Avant le filage, la masse à
filer est placée sur une quenouille ; il s'agit d'un bâton,
tenu sous le bras ou glissé dans la ceinture, d'où les
fibres sont étirées jusqu'au fuseau.
Certaines civilisations n'ont jamais utilisé qu'une seule de
ces deux méthodes. En revanche, dans les régions qui ont
connu une production textile importante, on a distingué dès
la préhistoire les deux techniques, la diversité des fils
qui en résultaient et les différents instruments nécessaires.
Ainsi, à l'époque de la Rome impériale, le fileur
de cardés moelleux destinés aux vêtements fins recevait
un salaire plus élevé que celui qui fabriquait au fuseau
suspendu des fils plus raides et plus solides. haut de
page
Les rouets
La plus ancienne représentation d'un rouet est chinoise et date
de 1270. Cet instrument apparaît peu après dans les écrits
et l'iconographie européens. Il existe deux types prédominants
de rouets : le rouet à grande roue et le rouet à épinglier.
Le premier, qui est le plus ancien, est encore utilisé en Asie
et en Amérique du Sud, plus rarement en Europe. Le rouet à
épinglier, qu'il soit vertical ou horizontal, est une invention
européenne.
Le rouet à grande roue - Des appareils fonctionnant selon ce
principe furent utilisés en Chine, en Inde et en Perse dès
le XIIIème siècle, mais l'histoire du rouet à grande
roue est sans doute plus ancienne encore. Les chercheurs s'accordent
à penser que les Arabes ont introduit cette invention asiatique
en Europe via l'Espagne. Il est constitué d'un fuseau placé
horizontalement sur un support vertical, relié par une courroie
de transmission et une poulie à une roue qui, mise en mouvement
par la main, entraîne le fuseau. Le rouet à grande roue,
relativement facile à fabriquer, transforma le filage en une
opération nettement plus rentable. Cependant, sur ce grand rouet
encombrant, filage et renvidage s'accomplissaient séparément,
ce qui constituait une perte de temps.
Le rouet à épinglier - La plus ancienne référence
à ce rouet est une illustration allemande de 1480 environ. L'épinglier
est un dispositif, formé de deux ailettes garnies de crochets
ou d'épingles, fixé sur le fuseau et dont le mouvement,
entraîné par une roue, assure la torsion du fil. Les premiers
rouets à épinglier étaient actionnés d'une
main, l'autre étant employée à manipuler les fibres.
A partir du XVIIIème siècle, des documents montrent un
modèle dont la roue est actionnée par un mécanisme
à pédale, libérant ainsi les deux mains. Le rouet
à épinglier étant muni d'une courroie qui entraîne
une bobine pour le fil, le filage et l'embobinage se font conjointement.
Le résultat est un fil plus ferme que celui obtenu avec le rouet
à grande roue et proche du fil peigné. La plupart des
appareils sont munis d'une quenouille sur laquelle on dispose les fibres
destinées à être filées. haut
de page
La filature mécanique
Après l'invention de la navette volante en 1730, les opérations
de tissage s'accélèrent considérablement. Il devenait
impératif de mécaniser le filage afin d'assurer l'alimentation
en fil de l'industrie textile. En 1767, l'artisan anglais James Hargreaves
inventa la Spinning Jenny, une machine à filer construite sur
le principe du grand rouet, tandis que celle de Richard Arkwright, inventée
en 1769, s'inspirait du rouet à épinglier. Ce n'est que
vers le milieu du XXème que les machines à filer construites
sur les principes des rouet à main seront définitivement
évincées par des techniques plus sophistiquées.
haut de page
Le filage de la laine
La texture et la couche de cellules en forme d'écailles qui recouvre
la laine en font, de toutes les fibres textiles, la plus facile à
filer. Grâce à leur crêpelure, les fibres s'emmêlent
inextricablement tandis que les écailles rebroussées s'agrippent
les unes aux autres. La laine se présente sous des aspects variés
; longueur, épaisseur et texture déterminent le mode de
filage à choisir. La maîtrise de ces connaissances n'est
pas nouvelle ; l'un des plus célèbres exemples, le costume
de la " fille de Skrydstrup ", date de l'âge de bronze
et a été découvert au Danemark. Chacune des dix
sortes de fils de laine qui le composent - simple, double, en S, en
Z, ferme, souple - a été utilisée dans un but bien
déterminé. Il est probable que les fils peignées
ont été confectionnés au fuseau suspendu tandis
que le fuseau posé était utilisé pour les fils
plus souples et ceux qui nécessitaient une forte torsion.
A partir du XIIIème siècle, le rouet à grande roue
devint de plus en plus courant en Europe. Cependant, dès son
apparition vers la fin du XVème siècle, le rouet à
épinglier s'est imposé dans une bonne partie de l'Europe,
aux dépens de son prédécesseur, pour le filage
de la laine. Bien adapté au filage du peigné et, avec
un peu de dextérité, utilisable pour la fabrication du
fil cardé, le rouet à épinglier était aussi
beaucoup plus maniable. Durant des siècles, la population paysanne
a non seulement pourvu à ses propres besoins en fil de laine
mais également, dans certains pays à terre pauvre, sur
les landes par exemple, complété ses revenus en filant,
tricotant et vendant les produits textiles réalisés en
chambre. haut de page
Source : " Autour du Fil, l'encyclopédie des arts textiles
", Editions Fogtdal, Paris, 1990, volume 10.
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